Neuf Français sur dix
bricolent. Sept sur dix
ont peur de mal faire.
Trois années de recul consécutives, et une explication qui tourne en boucle : le pouvoir d'achat et l'immobilier. C'est vrai, et c'est insuffisant. Le frein le plus cité par les Français n'est pas financier — il est psychologique, et il se traite.

Où en est le marché du bricolage ?
En recul pour la troisième année consécutive, avec un début 2026 plus rassurant. Le chiffre d'affaires des grandes surfaces de bricolage s'établit à 21,8 milliards d'euros TTC en 2025, en baisse de 1,4 % — après −1,4 % en 2023 et −4,3 % en 2024. Le marché global, tous circuits confondus, dépasse toujours 39 milliards d'euros.
Les professionnels du secteur parlent d'une reprise « graduelle et structurée » plutôt que d'un rebond. Les grandes surfaces tiennent 75 % du marché, tandis que le e-commerce progresse vers 19 % du chiffre d'affaires du secteur.
Le déplacement que le chiffre d'affaires cache
Les Français n'ont pas arrêté de bricoler : ils ont changé de projets. La baisse du pouvoir d'achat et le ralentissement immobilier ont déplacé la demande de la rénovation lourde vers l'entretien courant et la réparation économique.
Pour une enseigne, ce n'est pas un ralentissement — c'est un changement de métier. On ne vend pas de la même façon un chantier de salle de bains et un joint à refaire. Le panier baisse, la fréquence peut monter, et le conseil demandé n'est plus du tout le même.
Le vrai frein : la peur de rater
Neuf Français sur dix bricolent, mais sept sur dix sont freinés par la peur de mal faire. C'est, de loin, le chiffre le plus actionnable du secteur — et le moins exploité.
Ce frein n'est pas financier, et c'est ce qui le rend intéressant : il se traite par le conseil, la pédagogie, la garantie de résultat et la conception produit, pas par la promotion. Une remise de 20 % ne réduit pas la crainte de percer au mauvais endroit.
En entretien, cette peur se décompose en trois craintes distinctes, qui n'appellent pas les mêmes réponses :
- La peur d'abîmer — le logement, un support, un élément qu'on ne pourra pas remplacer. Elle bloque avant l'achat, en magasin comme en ligne.
- La peur d'acheter le mauvais produit — se tromper de dimension, de compatibilité, de quantité. Elle produit du renoncement en rayon, et une part importante des retours.
- La peur du jugement — devoir demander, montrer qu'on ne sait pas. Elle est très présente chez les publics qui bricolent peu, et elle explique une partie du basculement vers le e-commerce, où l'on peut chercher sans être vu.
Ce que ça implique pour une enseigne ou une marque
- Le conseil devient le produit. Sur un marché où le frein dominant est la crainte de l'échec, la valeur se déplace vers ce qui rassure : la démonstration, le tutoriel situé, la garantie, la reprise en cas d'erreur.
- Le rayon doit répondre avant qu'on demande. La peur du jugement rend le client silencieux. S'il faut demander pour comprendre, une partie de la clientèle repartira sans acheter — sans jamais dire pourquoi.
- Le e-commerce n'est pas qu'un canal de prix. Il est aussi un canal de discrétion : on peut y chercher longuement, comparer, apprendre, sans se dévoiler. Cela change ce qu'on doit y mettre.
- Les professionnels et les particuliers ne se croisent plus au même endroit. Un artisan cherche une référence, un particulier cherche une réponse. Traiter les deux avec le même dispositif de conseil en déçoit un sur deux.
Pourquoi le quantitatif ne suffit pas ici
« Sept sur dix ont peur de mal faire » est un excellent chiffre : il alerte. Il ne dit ni de quoi les gens ont peur exactement, ni à quel moment du parcours la peur bloque, ni ce qui la lève. Ces trois réponses déterminent pourtant tout ce qu'on peut faire — la formation des équipes, le contenu du rayon, la notice, la garantie.
C'est le genre d'écart qui se comble en une douzaine d'entretiens à domicile, chez des gens qui ont un projet en cours et un projet abandonné.
Questions fréquentes sur le marché du bricolage
Le marché du bricolage est-il en croissance en 2026 ?
Non, il sort de trois années de recul consécutif en grandes surfaces : −1,4 % en 2023, −4,3 % en 2024 et −1,4 % en 2025, pour 21,8 milliards d'euros TTC. Les professionnels évoquent pour 2026 une reprise « graduelle et structurée », pas un rebond.
Quel est le principal frein au bricolage en France ?
La peur de mal faire, citée par environ sept Français sur dix, devant la contrainte budgétaire. C'est un frein psychologique, ce qui le rend traitable par le conseil, la pédagogie et la conception produit plutôt que par la promotion.
Pourquoi le panier moyen baisse-t-il ?
Parce que la demande s'est déplacée de la rénovation lourde vers l'entretien courant et la réparation économique. Le panier baisse, mais la fréquence peut monter — et le type de conseil attendu change complètement.
Quelle part du marché le e-commerce représente-t-il ?
Environ 15 % du chiffre d'affaires du secteur, avec une perspective autour de 19 %. Mais le lire uniquement comme un canal de prix est une erreur : c'est aussi un canal de discrétion, où l'on peut chercher sans être vu.
Comment étudier les freins au passage à l'acte ?
Chez les gens, pas en salle. Un entretien à domicile, devant le projet en cours et le projet abandonné, produit une matière que ni le questionnaire ni le groupe ne donnent — parce que la peur de mal faire est précisément ce qu'on n'avoue pas devant les autres.
